Projecteur sur le glaucome/ Interview du Dr Patrice Komi Balo, Ophtalmologue
- Posted on 21/05/2021 00:00
- Film
- By stephaneogou@gmail.com
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« Dépister tôt le glaucome pour éviter la cécité »
Au Togo, le glaucome est devenu plus qu’une maladie dévastatrice. Des Togolais sont contaminés et le drame est que la maladie est incurable. Cette maladie oculaire, première cause de cécité, se développe le plus souvent sans douleur. Force est de constater que trop de Togolais négligent le dépistage du glaucome, qui expose à la malvoyance si cette affection du nerf optique n’est pas traitée. Or une fois dépistée et traitée, la malvoyance peut être évitée dans la majorité des cas. Qu’est-ce que le glaucome ? Quels sont les facteurs de risque et symptômes de cette maladie ? Pourquoi dépister tôt ? Le Dr Patrice Komi Balo, Ophtalmologue donne des éclaircissements.
Santé-Education :
Qu’est-ce que le glaucome ?
Dr Patrice Komi Balo : Le glaucome est une maladie oculaire
dans laquelle la pression à l’intérieur de l’œil augmente au point d’endommager
le nerf optique. C’est une neuropathie optique progressive qui évolue avec une
détérioration du champ visuel, lorsque cela n’est pas pris en charge. Le
glaucome est lié à la mort accélérée des cellules ganglionnaires qui
transmettent l’information de l’œil au cerveau Dans cette maladie qui touche
volontiers les deux yeux, souvent de façon asymétrique, c’est le nerf de l’œil
qui est malade et cela évolue vers l’aggravation et parfois la perte de vue.
Quelle
est la prévalence au Togo ?
Au
Togo, parmi les personnes aveugles entre 8 et 10% sont dues au glaucome.
On enregistre une forte proportion des patients dans les hôpitaux pour lesquels
le diagnostic du glaucome et réalisé. Le glaucome est plus fréquent dans la
tranche d’âge 40-49 ans.
Quels
sont les facteurs de risque?
La
cause exacte de cette maladie est inconnue. Mais cette maladie est liée à des
facteurs de risque. Il y a l’hérédité, un élément prépondérant. Si on a des
parents qui ont fait le glaucome, un membre proche de la famille est concerné,
si l’on est originaire d’Afrique de l’Ouest on a un risque élevé de faire la
maladie. Le deuxième facteur est la tension de l’œil élevée. Lorsqu’on
diagnostique la tension oculaire élevée, le nerf n’a pas encore les
caractéristiques du glaucome, on doit prendre en charge pour éviter le
glaucome. Certaines maladies comme le diabète, fragilise les nerfs, les petits
vaisseaux et donc il est associé au glaucome. La consommation excessive et non
contrôlée des médicaments corticoïdes, peut être à l’origine du glaucome. Le
tabac et l’alcool entrainent une neurotoxicité. Lorsqu’on est tabagique et une
consommation importante d’alcool, on développe une neuropathie probablement
toxique et qui va s’associer à une neuropathie glaucomateuse. Donc on multiple
les risques.
Quels
sont les symptômes ?
Au
début, il n’y a aucun signe. Lorsque la maladie progresse, des symptômes se
manifestent comme une forte douleur dans l’œil atteint, de la rougeur oculaire,
une vision embrouillée. Certaines personnes ont parfois des maux de tête, parce
que la tension intra-oculaire est élevée. Quand d’’autres se réveillent le
matin, ils voient flou. Ils peuvent apercevoir comme de la fumée qui est au
niveau de la cornée. Et c’est après un temps que cette cornée se déshydrate.
Lorsque régulièrement le matin, on se réveille on voit le flou et après cela
devient normal. Consulter sans hésiter un ophtalmologue. Lorsque la maladie
s’est vraiment installée, le patient voit des halos colorés, tout cela parce
que le nerf est détruit. Au stade tardif, le champ visuel est réduit. Il est
titulaire. La seule parade est le dépistage précoce pour stabiliser la
perte des fibres liée au glaucome.
Quelles sont les complications ?
La
complication ultime c’est la cécité. L’œil contient plus d’1 million de fibres
lorsqu’il y a le glaucome. On peut perdre 300 voire 900 mille sans s’en rendre
compte. Et cela est progressif. On risque de se retrouver à terme dans un
brouillard lumineux permanent avec une vision très limitée, comme si elles
voyaient à travers un trou de serrure. La vision périphérique et centrale sera
perdue et une cécité presque complète risque de survenir. S’il est diagnostiqué
tôt, le glaucome peut être contrôlé et ne causer presque aucune perte de vision.
Comment se dépiste le glaucome ?
Le
dépistage est important parce que le glaucome est une maladie qui est
silencieuse. Mieux vaut prévenir que guérir. Si on détecte la maladie très tôt
et que les chiffres de tension ne sont pas élevés et que le nerf est bien
portant on peut prescrire des médicaments et faire une visite au moins 2 fois
par an. Par contre si la maladie est avancée, le nerf est coupé et c’est
irréversible. C’est pourquoi il faut faire le dépistage au début de la maladie
ou bien avant le début de la maladie. Un bilan complet de la santé oculaire est
souvent le seul moyen de détecter le glaucome. Fond d’œil pour voir la tête du
nerf optique, prise de la tension intraoculaire, tomographie en cohérence
optique pour évaluer l’épaisseur des fibres nerveuses optiques et champ visuel
pour rechercher des «points aveugles» témoignant de la souffrance du nerf
optique. Les ophtalmologistes ont tous les outils nécessaires pour dépister
très tôt le glaucome et le traiter.
Quel traitement ?
Faute
de pouvoir réparer le nerf optique, le traitement vise à abaisser la pression
intraoculaire, car c’est le principal facteur de risque sur lequel il est
possible d’agir et qui s’avère efficace. Dépister tôt le glaucome pour éviter
la cécité. La consultation et l’examen sont les diagnostics pour évaluer le
degré de la maladie. Et la prise en charge peut être déclinée en trois grands
axes : d’abord des médicaments ou collyres, traitement de choix des glaucomes
primitifs. Certains réduisent la production de l’humeur aqueuse et d’autres
accélèrent son élimination. Ensuite l’opération, enfin la chirurgie puis la
chirurgie par laser. Cela a toujours une incidence financière. Le
traitement assez cher. Le patient est obligé de se soigner chaque jour et ce,
jusqu’à la fin de son séjour terrestre. Cela ne devrait pas emmener à négliger
la maladie mais la soigner et empêcher la tension oculaire de prendre des
proportions dangereuses.
Votre mot de la fin
Comme la maladie évolue longtemps en silence, il ne faut pas attendre d’avoir des symptômes pour consulter. Il faut se faire examiner pendant qu’on est en bonne santé. Il urge dès lors que les populations se rendent compte qu’en cas d’un petit problème d’yeux, ils doivent se faire consulter que de s’adonner à l’automédication. Le risque de glaucome existe surtout chez ceux qui ne se font pas dépister, qui ne prennent pas correctement leur traitement médical, qui négligent leur suivi.
Propos
recueillis par Abel Ozih