Nutrition au Togo : le PAM et ses partenaires valident une étude stratégique pour mieux nourrir les populations vulnérables
- Posted on 05/05/2026 10:16
- Film
- By raymonddzakpata@sante-education.tg
Extrait de l'article: Le Programme Alimentaire Mondial (PAM), en partenariat avec le Gouvernement togolais et la coopération allemande à travers le KFW, a organisé un atelier national de validation des résultats de l'analyse « Fill the Nutrient Gap (FNG) », le jeudi....
Le
Programme Alimentaire Mondial (PAM), en partenariat avec le Gouvernement
togolais et la coopération allemande à travers le KFW, a organisé un atelier
national de validation des résultats de l'analyse « Fill the Nutrient Gap
(FNG) », le jeudi 30 avril 2026 à Lomé. Une journée charnière qui a marqué
une étape décisive dans la lutte contre la malnutrition au Togo.
Le
Togo a accompli des progrès notables en matière de santé et de nutrition au
cours des dernières décennies. Pourtant, la malnutrition chronique demeure une
réalité alarmante qui continue de peser lourdement sur l'avenir du pays. Selon
les données présentées lors de l'atelier, près d'un enfant togolais sur trois
souffre encore de retard de croissance, une forme de malnutrition silencieuse
mais aux conséquences durables sur le développement cognitif, physique et
social des individus.
Face
à ce défi persistant, les autorités togolaises et leurs partenaires ont jugé
indispensable de disposer d'un outil rigoureux et fondé sur des données
probantes pour orienter leurs interventions nutritionnelles. C'est dans cette
perspective qu'a été conduite l'analyse « Fill the Nutrient Gap ».
Le
« Fill the Nutrient Gap » est bien plus qu'une simple étude
nutritionnelle. Il s'agit d'un outil stratégique d'aide à la décision,
développé par le PAM, qui permet d'analyser avec précision les écarts en
nutriments essentiels dans l'alimentation des populations. En croisant des données
sur la disponibilité, l'accessibilité et le coût des aliments nutritifs,
l'analyse identifie les groupes de population les plus vulnérables, notamment
les enfants en bas âge, les femmes enceintes et allaitantes, et les obstacles
concrets qui les empêchent d'accéder à une alimentation adéquate.
À
travers des modélisations économiques sophistiquées, le FNG permet de simuler
différents scénarios d'intervention et d'évaluer leur faisabilité, leur coût et
leur impact potentiel. Il s'agit, en somme, de transformer des données
complexes en leviers d'action concrets pour les décideurs publics.
«
L'étude Fill the Nutrient Gap va au-delà d'un simple diagnostic. Elle constitue
un outil stratégique d'aide à la décision pour transformer les données en
actions concrètes au service des populations les plus vulnérables », a
déclaré le Dr Moïse Ballo, Représentant Résident et Directeur Pays du Programme
Alimentaire Mondial au Togo.
Une
approche multisectorielle au cœur du dispositif
L'un
des points forts de cet atelier a été la diversité des acteurs mobilisés.
Réunis sous le leadership de la Primature, les participants venaient des
secteurs de la santé, de l'agriculture, de la protection sociale et de
l'éducation, aux côtés des partenaires techniques et financiers. Cette
configuration multisectorielle illustre la conviction partagée que la
malnutrition ne peut être combattue efficacement par un seul ministère ou une
seule politique : elle exige une réponse coordonnée, intégrée et durable.
L'atelier
avait pour mission de consolider les résultats initiaux de l'étude et
d'identifier des scénarios concrets de modélisation susceptibles d'alimenter
les politiques et stratégies nationales en matière de nutrition.
Des
chiffres nutritionnels inquiétants
Les
données présentées dressent un tableau nutritionnel particulièrement inquiétant
qui frappe de plein fouet les populations les plus vulnérables, révélant un
"double fardeau" où coexistent carences sévères et surnutrition. La
santé des enfants est gravement compromise dès la naissance par le petit poids
initial, se traduisant ensuite par un retard de croissance chez 23,8 % d'entre
eux et une malnutrition aiguë pour 5,7 %, engageant leur pronostic vital. Cette
fragilité est accentuée par une anémie massive touchant 74 % des jeunes enfants
et 52 % des femmes en âge de procréer, un constat logique au regard d'une
diversité alimentaire défaillante qui n'atteint que 56 % des femmes et un taux
critique de 13,5 % chez les nourrissons. Parallèlement, l'émergence du surpoids
et de l'obésité chez 30 % des femmes de 15 à 49 ans vient complexifier cette
crise sanitaire, soulignant l'urgence d'une intervention structurelle sur la
qualité de l'alimentation.
Le
coût de la nutrition
L'analyse
financière de la consommation alimentaire au Togo révèle un écart significatif
entre la simple survie énergétique et une nutrition adéquate. Alors qu'une
alimentation strictement énergétique coûte 1 114 FCFA par jour pour un ménage,
l'accès à une alimentation répondant aux besoins nutritionnels de base est 1,6
fois plus cher, exigeant une dépense minimale de 1 814 FCFA. Ce coût s'accentue
davantage pour atteindre une alimentation véritablement saine, laquelle s'élève
à 2 600 FCFA par jour, soulignant le défi économique majeur que représente
l'équilibre nutritionnel pour les foyers togolais.
Des
pistes d'action prometteuses
Les
résultats du « Fill the Nutrient Gap » ouvrent la voie à
plusieurs axes d'intervention prioritaires que le Togo peut intégrer dans ses
prochaines politiques publiques.
L'optimisation
des paniers alimentaires : identifier les combinaisons
d'aliments les plus nutritives et les plus accessibles financièrement pour les
ménages à faibles revenus.
Le
renforcement des chaînes de valeur locales : valoriser la
production locale d'aliments nutritifs, légumineuses, produits maraîchers,
céréales enrichies, pour réduire la dépendance aux importations et soutenir les
agriculteurs togolais.
L'intégration
de la nutrition dans la protection sociale : conditionner
certains programmes de filets sociaux à des critères nutritionnels ou y adosser
des transferts alimentaires ciblés.
Le
développement de politiques de fortification alimentaire :
enrichir des aliments de base largement consommés, farine, huile, sel, en
micronutriments essentiels, sur la base de données probantes.
Un
tournant pour la politique nutritionnelle togolaise
En
s'appuyant sur une analyse scientifique rigoureuse plutôt que sur des
suppositions, le Togo se dote des fondements nécessaires pour bâtir une
politique nutritionnelle plus ciblée, plus efficiente et plus équitable. Les
résultats validés constituent désormais une référence partagée entre le
gouvernement, les institutions internationales et la société civile.
L'enjeu
est considérable. Il s'agit de garantir à chaque Togolais, et en particulier
aux plus vulnérables, le droit fondamental à une alimentation suffisante et
nutritive. Car investir dans la nutrition, c'est investir dans le capital
humain du Togo, et donc dans son avenir.
Raymond
DZAKPATA