Congrès International d’épidémiologie et de Santé Publique du 13-16 mars 2023 à Lomé : Interview du Prof Didier Koumavi Ekouevi, Président d’organisation
- Posted on 03/03/2023 11:41
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- By abelozih@sante-education.tg
Extrait de l'article: Le Togo abrite du 13 au 16 mars 2023 un Congrès international d’épidémiologie et de Santé publique qui aura lieu à Lomé. Cet évènement est organisé par le Centre de Formation et de Recherche en Santé Publique en collaboration avec le Département de S
« Ce
sera un véritable brassage de cultures et d’approches scientifiques qui promet
des échanges riches et bénéfiques pour la lutte contre les épidémies et pour le
renforcement de nos systèmes de santé en Afrique »
Le Togo abrite du 13 au 16 mars 2023 un
Congrès international d’épidémiologie et de Santé publique qui aura lieu à Lomé. Cet évènement est organisé par le
Centre de Formation et de Recherche en Santé Publique en collaboration avec le
Département de Santé Publique de l’Université
de Lomé et permettra à l’association des épidémiologistes
de langue française, des épidémiologistes de terrain et aux chercheurs
francophones de partager leur expérience de recherche et les résultats issus de
leurs travaux. Selon les responsables de l’Association des Epidémiologistes de
Langue Française (ADELF) et l’Association pour le développement de
l’épidémiologie de terrain (EPITER), ce congrès à venir est « la plus grande
manifestation scientifique francophone dans le domaine de l’épidémiologie et de
la santé publique ».
Ces associations ADELF et EPITER rassemblent plus de 500 épidémiologistes. Pourquoi
cette conférence et quels sont ses objectifs? En quoi ce congrès pourra impacter les actions d’épidémiologie et
de santé publique au Togo? Professeur
Didier Koumavi Ekouevi, Président d’organisation répond dans cette interview accordée à Santé-Education.
Santé-Education : Du 13 au 15 mars prochain aura lieu à Lomé le Congrès international d’épidémiologie et de Santé publique. Pourquoi cette conférence et quels sont ses objectifs ?
Prof Didier Koumavi
Ekouevi : Le congrès
ADELF-EPITER est une manifestation scientifique francophone dans le
domaine de l’épidémiologie et de la Santé Publique qui regroupe chaque année,
les acteurs de la santé publique mais aussi des scientifiques issus de divers
domaines et de divers pays. Le précédent congrès s’est déroulé à Laval au
Canada en 2022. Ce congrès s’inscrit donc d’abord dans les activités annuelles
de l’association des épidémiologistes de la langue française mais aussi, il
s’inscrit dans un contexte sanitaire marqué par l’émergence de nouvelles épidémies
avec un impact important sur le fonctionnement de nos pays. Il semblait opportun
de se rassembler pour partager les expériences en termes de riposte autour de
ces maladies. C’est pour cette raison que le thème retenu pour le congrès de
cette année est « La Santé Publique face aux maladies émergentes et ré-émergentes ».
Ce thème s'inscrit également dans un contexte marqué par la recrudescence de
plus en plus fréquente de maladies à potentiel épidémique notamment la pandémie
de Covid-19 à laquelle le monde a opposé une riposte sans précédent et contre
laquelle les efforts se poursuivent. Contexte également marqué par une épidémie
déclarée de fièvre hémorragique virale (FHV) sévissant en Ouganda, et une
épidémie maladie à virus de Marburg en Guinée équatoriale et de fièvre de Lassa
au Ghana. Aussi, la région Africaine de l'Organisation Mondiale de la Santé a
enregistré entre 2001 et 2022 plus de 1800 menaces majeures de Santé Publique.
Le Congrès ADELF-EPITER constitue donc un cadre de choix pour se préparer à ces
menaces et définir des stratégies pérennes et efficientes pour y faire face. Ce
congrès sera également l’occasion pour le continent de démontrer du
développement de cette discipline qu’est la Santé Publique et sa capacité à
faire face à ces fardeaux multiples, tant en termes de recherche que de
formation.
Le thème de ces assises est : santé publique face aux maladies émergentes et ré- émergentes. Quelles sont ces maladies et leurs incidences aujourd’hui sur les systèmes de santé et les populations ?
Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, il s’agit de maladies qui apparaissent dans une population pour la première fois (émergentes), ou qui existaient sans doute auparavant et connaissent une augmentation soudaine en termes de nouveaux cas ou distribution géographique (ré-émergentes). Les changements environnementaux, la démographie humaine et animale, l'évolution des agents pathogènes et les modifications des pratiques d'élevage sont des facteurs qui sont à l'origine de ces maladies. Parmi les maladies émergentes, on peut citer entre autres : la Covid-19 et les maladies à coronavirus en général (MERS et SRAS), la maladie à virus Ebola, la fièvre de la vallée du Rift (virus), le Chikungunya, la maladie à virus Marburg.
De façon plus simple, on peut considérer comme émergente une maladie
due à un agent infectieux inconnu jusqu’alors. Les maladies ré-émergentes
seront celles apparues une première fois, qui ont disparu pendant une période, puis
qui sont réapparus. Ces maladies entraînent des répercussions économiques qui
vont bien au-delà de leurs coûts directs en matière de santé. Leur apparition
peut entraîner un ralentissement du commerce et des voyages. Pour limiter la
menace que ces maladies représentent à l'échelle internationale, il faut
veiller à la bonne coordination de la surveillance et de la riposte au niveau
mondial.
Qui seront les participants et qu’est-ce qui sera fait concrètement durant ces 4 jours d’assises ?
Il s’agit de deux jours de pré-congrès,
suivis de deux jours de congrès. Le pré-congrès consistera à deux journées de
formation les 13 et 14 mars 2023, au cours desquelles plus de 200 participants
issus de la jeune génération des chercheurs et professionnels de santé seront
initiés à la rédaction médicale scientifique et aux biostatistiques. Ces
formations dispensées par des enseignants de l’Université de Lomé (Togo), de l’Université
de Bordeaux (France) et de la Karolinska, Institute of Stockholm (Suède).
Pour ce qui est du congrès à proprement parlé qui se déroulera les 15 et 16 mars 2023 à l’hôtel du 2 février, les participants sont des professionnels du domaine de la santé en général et plus particulièrement de la Santé Publique-épidémiologie, spécialité qui s’occupe de la prévention des maladies, de la promotion de la santé et de la lutte contre les épidémies. Il y aura également des décideurs politiques.

Pour les acteurs de santé, Ils sont issus
d’universités (étudiants et enseignants-chercheurs), de réseaux et des agences
de recherche du monde entier. Près de 400 chercheurs francophone, issus de 21
pays du monde sont attendus à Lomé pour cette conférence. Ce sera un véritable
brassage de cultures et d’approches scientifiques qui promet des échanges
riches et bénéfiques pour la lutte contre les épidémies et pour le renforcement
de nos systèmes de santé en Afrique. De manière plus succincte, le congrès sera
rythmé par une série de 40 communications orales et 200 communications affichées
dans le domaine des maladies transmissibles et non transmissibles. Un grand
symposium animé par l'Agence nationale française de recherches sur le sida, les
hépatites virales et les maladies infectieuses émergentes (ANRS|MIE) sera également
organisé. Enfin, sur la thématique du renforcement du système de santé, il est
prévu une table ronde sur la Couverture Santé Universelle, laquelle sera animée
par des experts de l’Organisation Mondiale de la Santé, et les décideurs
politiques. Cette table ronde est organisée en partenariat avec le Groupe SUNU
et le bureau pays de l’OMS.
En quoi ce congrès pourra impacter les actions d’épidémiologie et de santé publique au Togo ?
La Santé
Publique au Togo a connu des avancées importantes ces dernières années du fait
des différents fléaux sanitaires auxquels le Togo a dû faire face. Cependant,
son rôle est toujours peu compris par les professionnels de santé et par la
population en générale. Ce congrès permettra donc aux acteurs de la santé, aux étudiants
et à la population en générale de découvrir ou de redécouvrir cette discipline.
Ce congrès permettra également aux participants et aux acteurs de la santé du
Togo de partager leur expérience dans la gestion des maladies émergentes et de
profiter de l’expérience des autres pays en vue de s’en inspirer pour créer un
système de santé beaucoup plus résilient. De manière globale, ce congrès pourra
impacter les actions d’épidémiologie et de santé publique au Togo sous
plusieurs angles. Premièrement, la tenue la conférence ADELF-EPITER dans notre
pays permettra de relever le niveau de connaissance des jeunes chercheurs Togolais
dans le domaine de la Santé Publique et de l’épidémiologie. Ces jeunes
chercheurs de notre pays, qui constituent une force de proposition pourront
donc à l’avenir se procurer des éléments scientifiques à soumettre aux
politiques pour une amélioration de notre système de santé et de la santé des
populations. Deuxièmement, ce congrès va également impacter la formation en
Santé Publique dans notre pays. En effet, la présence à cette conférence
d’éminents enseignants de santé publique, venus d’universités de renom, sera l’occasion
de renforcer les partenariats de formation Nord-Sud et Sud-Sud. Troisièmement, Il
faut également souligner qu’une grande table ronde sera organisée sur la Couverture
Santé Universelle, gage d’un accès équitable des populations aux services de
santé, qui est axe prioritaire du gouvernement togolais. La Couverture Santé
Universelle vise à permettre à tous les Togolais, quelle que soit leur
localisation d’avoir accès à des soins de santé de qualité. De cette table
ronde et de toutes autres discussions, sortiront des solutions et propositions
concrètes qui pourront être soumises à notre gouvernement afin de soutenir les
efforts déjà consentis. Enfin, ce congrès est une occasion rêvée pour notre
pays, de faire valoir un leadership et l’implication des plus hautes autorités
du pays dans le domaine de l’épidémiologie, de la Santé Publique et de la lutte
contre les maladies en général.
Propos recueillis par Gadiel TSONYADZI