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Addiction aux jeux de hasard : la santé psychologique du joueur en péril

Addiction aux jeux de hasard : la santé psychologique du joueur en péril
Extrait de l'article: La multiplication des paris sportifs, des jeux de loterie et des plateformes de jeux en ligne au Togo suscite une inquiétude croissante parmi les professionnels de la santé et les acteurs sociaux. Si ces jeux sont souvent présentés comme un divertiss

La multiplication des paris sportifs, des jeux de loterie et des plateformes de jeux en ligne au Togo suscite une inquiétude croissante parmi les professionnels de la santé et les acteurs sociaux. Si ces jeux sont souvent présentés comme un divertissement ou une opportunité de gains rapides, leur pratique excessive expose de nombreux joueurs à de graves troubles psychologiques, encore largement sous-estimés.

Le psychologue clinicien/psychothérapeute au service de psychiatrie et de psychologie médicale (SPPM), spécialiste des addictions au CHU Campus de Lomé, Dr Zinsou Selom Degboe, a observé que le nombre de personnes pratiquant les jeux de hasard et d’argent (JHA) augmente au Togo, générant davantage de comportements addictifs. « Nous recensons assez de joueurs pathologiques qui doivent bénéficier d’une prise en charge global pour se remettre de cette dépendance, de cette maladie », martèle-t-il.

Selon Dr Zinsou Selom Degboe, les jeux de hasard et d’argent (JHA) sont définis comme : « des activités ludiques dans lesquelles une personne engage une mise financière dans l’espoir d’un gain, dont l’issue dépend principalement du hasard et non du savoir-faire ou du contrôle du joueur ». C’est une pratique en pleine expansion dans un monde où les jeunes surtout veulent devenir riche sans travail rémunéré « Le jeu devient banal, presque automatique. On mise sans réfléchir, parfois avec son salaire, l’argent du loyer ou de la nourriture », explique Dr Degboe.

Pourquoi les gens s’adonnent aux JHA ?

Dans sa thèse intitulée : « Perception de la pratique addictive aux jeux de hasard et d’argent : particularité des joueurs de la Loterie Nationale Togolaise (LONATO) de Lomé au Togo », Dr Zinsou Selom Degboe explique que « le chômage, l’âge, le sexe, le niveau d’étude, la situation matrimoniale sont des facteurs explicatifs de ce trouble mental ».

Dr Selom Zinsou Degboe

Dans une autre étude menée par le psychiatre Daméga Wenkourama et collaboteurs, on peut énumérer des troubles concomitants comme « les troubles de personnalité antisociale caractérisée par l’impulsivité, les troubles bipolaires, surtout de type 1, le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), les addictions aux substances psychoactives (alcool, tabac, la cocaïne, l’héroïne, le cannabis, les boissons énergisantes) », indique Dr Degboe. Car, dit-il, « les personnes ayant un problème avec une substance ont besoin d’argent pour payer leur dose quotidienne. Il y a d’autres causes entre autres la précarité, le faible pouvoir d’achat des travailleurs ou des retraités, les situations stressantes de la vie de couple voire de famille ».

Quels sont les symptômes ?

L’addiction aux jeux de hasard et d’argent est une « maladie mentale ». « Elle se manifeste par une perte de contrôle : le joueur continue de jouer malgré les pertes, les dettes et les conflits familiaux. Il peut ressentir de l’angoisse, de l’irritabilité ou de la tristesse lorsqu’il ne joue pas, et cherche souvent à se refaire après un échec, ce qui aggrave la situation », fait savoir le psychologue clinicien/psychothérapeute.

Du moment où une personne joue beaucoup, trop souvent et trop longtemps, il doit se poser des questions sur sa pratique. « Malheureusement, on ne peut pas à vue d’œil, dire que telle personne est un joueur pathologique, car le trouble de l’usage lié aux JHA se limite uniquement à la dépendance psychique. Elle n’entraine pas de symptômes somatiques chez la personne addicte », affirme Dr Degboe.

Cependant, recommande-t-il, qu’il revient aux cliniciens, spécialistes de la question de confirmer ou d’infirmer la présence de cette maladie chez un joueur sur une période de 12 mois de pratique.

Quelles peuvent être les conséquences ?

Les conséquences négatives que peut engendrer l’addiction des JHA sont d’ordre financier, professionnel, social et sanitaire. « Ainsi, on note la paupérisation due à des pertes financières importantes avec des implications graves, des difficultés professionnelles, un absentéisme plus important et des difficultés relationnelles pouvant entrainer une perte d’emploi, des problèmes de santé avec une fréquence importante de dépression, d’angoisse », évoque le spécialiste des addictions au CHU Campus de Lomé.

        Le psychothérapeute fait mention également des risques de polyaddiction ou la présence simultanée des addictions aux substances psychoactives (drogues) et comportementales chez une même personne, les problèmes de consommation d’alcool et d’autres types de drogues, des comportements aires, les problèmes familiaux (des séparations, des divorces).

Comment sortir de la dépendance ?

La première étape vers la guérison est « la reconnaissance de l’addiction. Admettre que le jeu est devenu un problème permet de chercher de l’aide et d’entamer un changement durable. Ensuite, il est recommandé de réduire l’accès aux jeux en supprimant des applications, évitant des points de paris et contrôle temporaire des finances par un proche de confiance », insiste Dr Degboe.

La prise en charge psychologique est également essentiel. « La thérapie aide à comprendre les déclencheurs du jeu, stress, ennui, difficultés financières, et à développer des stratégies alternatives. On encourage aussi le remplacement du jeu par des activités structurantes : sport, formation professionnelle, activités communautaires ou religieuses », indique le spécialiste.

Dr Degboe appelle à une mobilisation plus large des autorités, des médias et de la société civile. « Il faut intégrer la prévention de l’addiction aux jeux dans les campagnes de santé publique, au même titre que l’alcool ou le tabac. Informer tôt peut éviter beaucoup de drames », plaide-t-il.

Malgré les difficultés, le spécialiste rappelle que la rémission est possible, car il s’agit d’une maladie chronique dont on ne guérit pas. Raison pour laquelle, il faut tout faire pour le prévenir. « Avec un accompagnement adapté, le soutien de la famille et un engagement personnel, on peut sortir de la dépendance. L’important est de comprendre que demander de l’aide est un acte de courage, un pas vers la sortie de ce piège », conclut-il.

William O.

Auteur
santé éducation
Rédacteur
Abel OZIH

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