Nous acceptons les paiements via santé éducation

Interview du Dr Patrice Komi Balo, Ophtalmologue : « Dépister tôt le glaucome pour éviter la cécité »

Interview du Dr Patrice Komi Balo, Ophtalmologue :  « Dépister tôt le glaucome pour éviter la cécité »
Extrait de l'article: Au Togo, le glaucome est devenu plus qu’une maladie dévastatrice. Des Togolais sont contaminés et le drame est que la maladie est incurable. Cette maladie oculaire, première cause de cécité, ...

Au Togo, le glaucome est devenu plus qu’une maladie dévastatrice. Des Togolais sont contaminés et le drame est que la maladie est incurable. Cette maladie oculaire, première cause de cécité, se développe le plus souvent sans douleur. Force est de constater que trop de Togolais négligent le dépistage du glaucome, qui expose à la malvoyance si cette affection du nerf optique n’est pas traitée. Or une fois dépistée et traitée, la malvoyance peut être évitée dans la majorité des cas. Qu’est-ce que le glaucome ? Quels sont les facteurs de risque et symptômes de cette maladie ? Pourquoi dépister tôt ? Le Dr Patrice Komi Balo, Ophtalmologue donne des éclaircissements.


Santé-Education : Qu’est-ce que le glaucome ?

Dr Patrice Komi Balo : Le glaucome est une maladie oculaire dans laquelle la pression à l’intérieur de l’œil augmente au point d’endommager le nerf optique. C’est une neuropathie optique progressive qui évolue avec une détérioration du champ visuel, lorsque cela n’est pas pris en charge. Le glaucome est lié à la mort accélérée des cellules ganglionnaires qui transmettent l’information de l’œil au cerveau Dans cette maladie qui touche volontiers les deux yeux, souvent de façon asymétrique, c’est le nerf de l’œil qui est malade et cela évolue vers l’aggravation et parfois la perte de vue.

Quelle est la prévalence au Togo ?

Au Togo, parmi les personnes aveugles entre 8  et 10% sont dues au glaucome. On enregistre une forte proportion des patients dans les hôpitaux pour lesquels le diagnostic du glaucome et réalisé. Le glaucome est plus fréquent dans la tranche d’âge 40-49 ans.

Quels sont les facteurs de risque?

La cause exacte de cette maladie est inconnue. Mais cette maladie est liée à des facteurs de risque. Il y a l’hérédité, un élément prépondérant. Si on a des parents qui ont fait le glaucome, un membre proche de la famille est concerné, si l’on est originaire d’Afrique de l’Ouest on a un risque élevé de faire la maladie. Le deuxième facteur est la tension de l’œil élevée. Lorsqu’on diagnostique la tension oculaire élevée, le nerf n’a pas encore les caractéristiques du glaucome, on doit prendre en charge pour éviter le glaucome. Certaines maladies comme le diabète, fragilise les nerfs, les petits vaisseaux et donc il est associé au glaucome. La consommation excessive et non contrôlée des médicaments corticoïdes, peut être à l’origine du glaucome. Le tabac et l’alcool entrainent une neurotoxicité. Lorsqu’on est tabagique et une consommation importante d’alcool, on développe une neuropathie probablement toxique et qui va s’associer à une neuropathie glaucomateuse. Donc on multiple les risques.

Quels sont les symptômes ?

Au début, il n’y a aucun signe. Lorsque la maladie progresse, des symptômes se manifestent comme une forte douleur dans l’œil atteint, de la rougeur oculaire, une vision embrouillée. Certaines personnes ont parfois des maux de tête, parce que la tension intra-oculaire est élevée. Quand d’’autres se réveillent le matin, ils voient flou. Ils peuvent apercevoir comme de la fumée qui est au niveau de la cornée. Et c’est après un temps que cette cornée se déshydrate. Lorsque régulièrement le matin, on se réveille on voit le flou et après cela devient normal. Consulter sans hésiter un ophtalmologue. Lorsque la maladie s’est vraiment installée, le patient voit des halos colorés, tout cela parce que le nerf est détruit. Au stade tardif, le champ visuel est réduit. Il est titulaire.  La seule parade est le dépistage précoce pour stabiliser la perte des fibres liée au glaucome.

Quelles sont les complications ?

La complication ultime c’est la cécité. L’œil contient plus d’1 million de fibres lorsqu’il y a le glaucome. On peut perdre 300 voire 900 mille sans s’en rendre compte. Et cela est progressif. On risque de se retrouver à terme dans un brouillard lumineux permanent avec une vision très limitée, comme si elles voyaient à travers un trou de serrure. La vision périphérique et centrale sera perdue et une cécité presque complète risque de survenir. S’il est diagnostiqué tôt, le glaucome peut être contrôlé et ne causer presque aucune perte de vision.

Comment se dépiste le glaucome ?

Le dépistage est important parce que le glaucome est une maladie qui est silencieuse. Mieux vaut prévenir que guérir. Si on détecte la maladie très tôt et que les chiffres de tension ne sont pas élevés et que le nerf est bien portant on peut prescrire des médicaments et faire une visite au moins 2 fois par an. Par contre si la maladie est avancée, le nerf est coupé et c’est irréversible. C’est pourquoi il faut faire le dépistage au début de la maladie ou bien avant le début de la maladie. Un bilan complet de la santé oculaire est souvent le seul moyen de détecter le glaucome. Fond d’œil pour voir la tête du nerf optique, prise de la tension intraoculaire, tomographie en cohérence optique pour évaluer l’épaisseur des fibres nerveuses optiques et champ visuel pour rechercher des «points aveugles» témoignant de la souffrance du nerf optique. Les ophtalmologistes ont tous les outils nécessaires pour dépister très tôt le glaucome et le traiter.

Quel traitement ?

Faute de pouvoir réparer le nerf optique, le traitement vise à abaisser la pression intraoculaire, car c’est le principal facteur de risque sur lequel il est possible d’agir et qui s’avère efficace. Dépister tôt le glaucome pour éviter la cécité. La consultation et l’examen sont les diagnostics pour évaluer le degré de la maladie. Et la prise en charge peut être déclinée en trois grands axes : d’abord des médicaments ou collyres, traitement de choix des glaucomes primitifs. Certains réduisent la production de l’humeur aqueuse et d’autres accélèrent son élimination. Ensuite l’opération, enfin la chirurgie puis la chirurgie par laser. Cela a toujours une incidence financière.  Le traitement assez cher. Le patient est obligé de se soigner chaque jour et ce, jusqu’à la fin de son séjour terrestre. Cela ne devrait pas emmener à négliger la maladie mais la soigner et empêcher la tension oculaire de prendre des proportions dangereuses.

Votre mot de la fin

Comme la maladie évolue longtemps en silence, il ne faut pas attendre d’avoir des symptômes pour consulter.  Il faut se faire examiner pendant qu’on est en bonne santé. Il urge dès lors que les populations se rendent compte qu’en cas d’un petit problème d’yeux, ils doivent se faire consulter que de s’adonner à l’automédication. Le risque de glaucome existe surtout chez ceux qui ne se font pas dépister, qui ne prennent pas correctement leur traitement médical, qui négligent leur suivi.


Propos recueillis par Abel Ozih

Auteur
santé éducation
Rédacteur

Au Togo, le glaucome est devenu plus qu’une maladie dévastatrice. Des Togolais sont contaminés et le drame est que la maladie est incurable. Cette maladie oculaire, première cause de cécité, ...

VOUS POURRIEZ AUSSI AIMER