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47 000 femmes décèdent chaque année pour cause d’avortements à risque

47 000 femmes décèdent chaque année pour cause d’avortements à risque
Extrait de l'article: Les chiffres ne mentent pas : entre 2015 et 2019, en moyenne, 73,3 millions d'avortements provoqués (sécurisés et non sécurisés) ont eu lieu chaque année dans le monde. Chaque année, entre 4,7 % et...

Message Marie-Evelyne Petrus-Barry, Directrice de l’IPPF-Région Afrique

Comment l'accès des femmes à l'avortement sécurisé va changer dans les cinq prochaines années

Les chiffres ne mentent pas : entre 2015 et 2019, en moyenne, 73,3 millions d'avortements provoqués (sécurisés et non sécurisés) ont eu lieu chaque année dans le monde. Chaque année, entre 4,7 % et 13,2 % des décès maternels peuvent être attribués à des avortements non sécurisés.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) définit l'avortement à risque comme une procédure d'interruption d'une grossesse non désirée, soit par des personnes ne disposant pas des compétences nécessaires, soit dans un environnement dépourvu de normes médicales minimales, soit les deux. Les avortements à risque entraînent le décès de 47 000 femmes chaque année et laissent des millions de personnes handicapées de façon temporaire ou permanente.

 En Afrique, près de la moitié des avortements ont lieu dans les conditions les moins sûres. En outre, la mortalité due aux avortements à risque touche de manière disproportionnée les femmes en Afrique. Alors que le continent compte 29% de tous les avortements à risque, il enregistre 62% des décès liés à des avortements à risque (OMS).

 On estime que 93 % des femmes en âge de procréer en Afrique vivent dans des pays où la législation sur l'avortement est restrictive. Cela signifie que les lois du pays n'autorisent l'avortement que dans certains cas, souvent uniquement s'il y a un risque pour la vie ou la santé de la femme, si la grossesse résulte d'un viol ou s'il y a des signes de malformation du fœtus.

Le coût du traitement des complications médicales liées aux avortements à risque constitue une charge financière importante pour les systèmes de santé publique des pays en développement. En outre, plus le cadre juridique est restrictif, plus la proportion d'avortements à risque est élevée.

 Les statistiques sur les avortements à risque nous donnent un aperçu de la souffrance que les femmes doivent endurer pour mettre fin à une grossesse non désirée. Nous devons remettre en question, réévaluer les positions des différents pays sur la fourniture de soins d'avortement sûrs et vitaux. Nous devons plaider pour des changements dans les lois et les politiques et faire pression pour l'adoption d'approches ciblées et budgétisées qui permettent aux femmes et aux filles de bénéficier de services d'avortement et de contraception sûrs, où qu'elles se trouvent.

 L'IPPF et d'autres acteurs clés s'efforcent de faire en sorte que, dans les cinq prochaines années, davantage de femmes et de jeunes filles accèdent différemment aux services d'avortement, car les solutions pour interrompre une grossesse seront plus facilement comprises et disponibles grâce à l'avortement médicalisé autogéré. Cette nouvelle approche promet de transformer radicalement la façon dont les soins de santé sont perçus et auxquels on accède en plaçant fermement les femmes et les filles au centre du processus d'avortement ; en déplaçant la dynamique du pouvoir d'une approche médicalisée et dirigée/décidée par le prestataire à une approche centrée sur la personne et garantissant l'autonomie corporelle. Les femmes peuvent ainsi prendre le contrôle de leur corps et décider si et quand elles veulent avoir des enfants, tout en étant soutenues par le système de santé si nécessaire.

 Cette approche a été approuvée par l'OMS et est détaillée dans les directives sur l'autogestion des soins récemment publiées. Plusieurs études ont confirmé que l'avortement autogéré est sûr, efficace et n'est pas inférieur à celui pratiqué en milieu clinique. Une étude récente de l'OMS a révélé que 94 à 96 % des avortements autogérés avaient des taux de réussite similaires à ceux des avortements pratiqués en milieu clinique. En fait, 90 % des clientes ont confirmé qu'elles recommanderaient l'avortement médicamenteux autogéré. En tant qu'acteurs locaux et mondiaux œuvrant pour la santé, les droits et l'autonomie corporelle des femmes, nous devons défendre et déployer ces nouveaux modèles et approches qui soutiennent, protègent et défendent la santé des femmes, leurs droits sexuels et la justice reproductive.

En juillet dernier, l'IPPF s'est jointe aux acteurs mondiaux lors du Forum sur l'égalité des générations pour définir et annoncer des investissements et des politiques ambitieuses pour les femmes et les filles du monde entier. Parmi nos engagements audacieux, nous avons pris la résolution "d'étendre et d'améliorer l'offre de soins en matière d'avortement par le biais de 102 associations membres, y compris l'avortement médical et chirurgical de qualité, l'aide à l'avortement centrée sur la personne et les soins en matière d'avortement au-delà de 12 semaines de gestation par le biais d'un modèle ambulatoire simplifié utilisant le transfert des tâches vers des prestataires de niveau intermédiaire, y compris l'avortement médical autogéré".

 

Il s'agit d'une promesse audacieuse qui ne peut dépendre de la seule IPPF. Elle est essentielle si nous voulons atteindre l'objectif de faire de l'autogestion de l'avortement une réalité d'ici 2026. L'IPPF appelle notamment l'écosystème mondial, les mouvements féministes et les organisations de la société civile à continuer de lutter contre les multiples obstacles (juridiques, culturels, sociaux et religieux) qui empêchent les femmes d'accéder librement à un avortement sans risque.

L'IPPF appelle également les responsables politiques et les décideurs à respecter leurs engagements en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs (DSSR) et à abroger les lois et les politiques qui empêchent l'avortement sans risque. Nous demandons aux donateurs d'investir dans les produits et fournitures essentiels, dans les partenaires de prestation de services et de donner la priorité à la recherche qui favorise cette approche.

Nous exhortons également les parties prenantes et les prestataires de services locaux et nationaux à adopter cette nouvelle approche en encourageant, fournissant et soutenant l'intégration de nouveaux modèles de prestation de services d'avortement au sein des services cliniques existants.

L'autotraitement n'est pas une solution miracle, et ce changement radical ne se produira pas non plus par hasard. Il faut que nous soyons toutes et tous pour qu'il se produise. Ce n'est pas seulement une question d'accès. C'est une question fondamentale de liberté, de responsabilisation et d'autonomie corporelle.

 

Par Marie-Evelyne Petrus-Barry

Marie-Evelyne Petrus-Barry est la directrice régionale de la Fédération internationale pour la planification familiale, région Afrique (IPPFAR). La Fédération internationale pour la planification familiale, région Afrique (IPPFAR) est l'un des principaux fournisseurs de services de santé sexuelle et reproductive (SSR) de qualité en Afrique et une voix de défense de la santé et des droits sexuels et reproductifs (SDSR) dans la région.

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Les chiffres ne mentent pas : entre 2015 et 2019, en moyenne, 73,3 millions d'avortements provoqués (sécurisés et non sécurisés) ont eu lieu chaque année dans le monde. Chaque année, entre 4,7 % et...

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